Alors que je demandais à ma prof un exemple d'utilisation du verbe "partager" (les formes verbales en malgache, c'est un cauchemar), la première chose qui lui est venu à l'esprit c'est "mijara seza", partager des chaises. C'est une expression à laquelle on n'échappe pas en ce moment à Tana, parce que c'est devenu le sport national de l'élite malgache.

Depuis le début de la crise il y a un an, tout n'est que règlements de compte, qu'on appelle ici pudiquement des "négociations". Tous ceux qui ont un jour participé à la vie politique malgache, ou qui le voudraient, se sont invités autour de la table et depuis des semaines, chacun cherche à avoir sa part du gâteau (ou sa part des chaises, donc). Ca règle ses comptes (y'a un joli mot en malgache pour ça, "ampamoaka", le grand déballage), ça publie des communiqués à tout va, et surtout ça voyage beaucoup, Maputo, Addis Abbeba, Paris, Maputo encore...Tout ça traîne en longueur mais devrait miraculeusement s'éclaircir en janvier quand, une fois le budget voté, il y aura à nouveau de l'argent à se mettre sous la dent.

La logique n'est pas toujours facile à suivre: contrairement à ce à quoi on pourrait s'attendre, ce n'est pas le ministère des finances qui fait l'objet de toutes les convoitises mais l'intérieur (pour les élections à venir), la justice (pour libérer les amis), la communication (pour communiquer) et les mines (je vous laisse deviner). Leur dernière trouvaille: instaurer des commissions qui travailleront à proposer des candidats à la justice et à la communication. Ça promet.

On a donc pour l'instant un premier ministre "de consensus" qui ne gouverne personne mais reçoit tout le monde, plein de ministres pas consensuels du tout, deux vice-présidents qui se plaignent que les ministres ne leur adressent pas la parole et un président qui a décidé qu'il en avait marre et qu'il ne négocierait plus, et a, aux dernière nouvelles, interdit tous les vols à destination et en provenance de Maputo jusqu'en mars 2010.

Je vois mal dans ces conditions comment rester optimiste.