La mauvaise nouvelle, c’est que je viens de louper mon permis pour la cinquième fois et que je n’ai plus un sou en poche. J’ai failli écraser des gamins allant à l’école et j’ai brûlé un feu, il parait que c’est éliminatoire.

La bonne, c’est que j’en ai rien à faire vu que dans un mois je suis à Mada, que je le repasserai là-bas et qu’à Tananarive, il n’y a pas de feu rouge. En attendant je me laisse doucement entraîner par les préparatifs du départ, visas-vaccins-cartons-billets-au revoirs. Moi qui m’inquiétais un peu à la perspective de faire rentrer ma vie dans 20kg de bagages, je découvre qu’on me paie 150kg de fret - et que je suis loin d’avoir de quoi les remplir. D’où un certain nombres de questions existentielles (j’emballe la tour dans du papier bulle ou du papier mousse?) qui s’ajoutent à celles qui existaient déjà (mais que va-t-on faire des billets pour mahaleo?) et aux angoisses multiples (comment vivre sans adsl?).

Je découvre aussi qu’il y a pire que de partir vers l’inconnu, et que c’est partir vers un pays que l’on connaît déjà (un peu). Une partie de moi a donc décidé que Madagascar est un pays glauque, sans cinéma, où les délestages sont monnaie courante et où on se lave les cheveux avec des bassines. Heureusement que l’autre reste égale à elle-même et fait comme si de rien n’était, rêves bizarroïdes mis à part. De toute façon on ne me la fait pas : que je me prépare ou pas, que je sois prête ou pas, je vais de toute façon me retrouver dans l’avion, et il sera bien temps alors de me poser des questions.