sainte marie

J'ai toujours eu un peu peur à l'idée d'aller en Afrique, pour une raison toute bête: j'allais être blanche au milieu des noirs, riche au milieu des pauvres, française en françafrique. Blocage psychologique assez idiot pour des tonnes de raisons, et essentiellement dû au fait que j'imaginais qu'il serait impossible pour moi de passer inaperçue.

On peut dire que j'ai été servie. A Madagascar le "blanc" est carrément un concept: c'est un "vazaha". Hors des centre villes j'étais l'animation touristique du quartier, les enfants me regardaient avec de grands yeux, me lançaient "bonjour vazaha"!; les plus âgés faisaient des commentaires discrets ou cherchaient à engager la conversation. Je répondais "bonjour", "bonjour gasy" quand les parents étaient autour parce que ça les faisait rire. Avec lui, les commentaires se faisaient plus discrets et souvent lui seul les remarquait, mais dès que je m’éloignais un peu j'en prenais pour mon grade. Prendre le taxi brousse toute seule, c'est devoir s'attendre à être le centre du voyage; conversations avec moi en français et en malgache entre eux, blagues auxquelles je ne comprends rien, sollicitations constantes de la part de tout le monde. C'est sur que ça facilite la conversation et les contacts, que ça permet de rapidement faire connaissance, d'entendre l'histoire de chacun. Mais ça a aussi des côtes lassants, et on a beau faire il est impossible de décider d'ignorer tout ce monde qui se tourne vers soi.

La deuxième chose qui m'a marquée lors de mon séjour, c'est qu'en plus d'être une vazaha, j'étais sa femme. Passée la surprise initiale ("il y a une vazaha dans la cour!"), ses copains m'ont traitée comme une soeur, sans poser de questions, j'étais la bienvenue partout. Au point de m'accompagner au marché pour être surs que je ne me ferais pas rouler, de danser avec moi quand j'avais trop bu, de me faire la conversation en français alors que ça leur demandait un certain effort. "Si tu aimes cette fille, elle fait partie de la famille": aucune réticence, j'étais adoptée. J'ai été soufflée, au point même de me sentir légèrement coupable, moi qui n'avais rien fait pour mériter cette affection.

Culturellement c'est à mille lieues de paris, où sa famille me voit encore comme cette fille un peu bourgeoise qu'il a rencontrée on ne sait ou. C’est certainement ce qui m’a le plus dépaysé, et avec le temps c’est aussi sûrement ce qui me donne le plus envie d’y retourner.